Sélectionner une page

Un grand merci à Damien Loup pour ce texte, plongée littéraire dans les dérives de la pensée sécuritaire contemporaine. Toute ressemblance avec des partis existants serait évidemment fortuite.

orgie_asterix

Sale affaire.

Au siège du parti, l’ambiance est orageuse. La sueur perle à grosses gouttes sur les fronts boudinés et les nuques adipeuses, maculant sans vergogne les plis de chemises trop ajustées. Au mur, la grosse horloge de style vaguement impérial persifle doucereusement.
Semblant émerger d’un état cataleptique, le maître de séance s’ébroue subitement. C’est un petit homme gris, sans âge, qui s’éponge bruyamment avec un mouchoir en soie tiré de son veston bleu marine.

« Chers amis, il est bientôt minuit, déclare-t-il solennellement. Il me semble qu’il serait temps d’avancer dans nos travaux et de commencer à jeter les bases d’un programme un peu plus précis. Je vous rappelle que la convention est dans trois jours. »

Dans la vaste salle de réunion, on se regarde en coin, l’œil torve et la mâchoire serrée. Cela fait un bout de temps que les anges ne passent plus mais, si elles y étaient autorisées, on entendrait les mouches voler. Au mur, des pilastres de simili-stuc encadrent les portraits d’anciens cadres du parti qui semblent les toiser, d’un air tour à tour sévère et narquois.
Au bout d’une éternité, un homme grand et sec se racle la gorge.

« Enfin, il me semble que nous avons plus ou moins fait le tour de la question. »

Plus âgé que les autres, il porte un costume trois pièces impeccablement coupé et, cela mérite d’être souligné, porté avec distinction. Il a dans le regard les vestiges d’une flamme d’antan, des discours charpentés et des idées neuves. Autour de la large table de bois vernis, l’assemblée clairsemée se regarde en chiens de faïence. L’œil en coin, le souffle court, guettant avec avidité le premier pas, le premier faux.
Indifférent à cette guerre de positions, le vieil homme distingué chausse ses lunettes et, se saisissant du feuillet posé face à lui, débute la lecture du document.

« Vraiment, que vous faut-il de plus ? La fin du laxisme et de l’impunité, le rétablissement de l’autorité de l’Etat et de l’ordre public, plus de policiers, de caméras, de places de prison… des drones, en veux-tu, en voilà… Sans oublier, bien sûr, le renforcement des centres de rétention pour terroristes et assimilés, le bracelet électronique pour tous et autres peines « plancher »… »

Avec majesté, il interrompt sa lecture, pose le document sur la table et glisse les lunettes dans la poche de son veston.

« Je ne vois guère ce que nous pourrions ajouter à ce glorieux programme », conclut-il.

Silence pesant. C’est alors que du fond de la salle s’élève une acre voix de crécelle, plaintive et mordante à la fois.

« Avec tout le respect que je vous dois, mon cher collègue, il me semble que vous ne voyez peut-être pas assez loin. »

Le contradicteur est un homme sec et émacié, le regard brillant derrière ses lunettes carrées. Crane légèrement oblong, rasé pour masquer une calvitie précoce. Sourire de maquignon de supermarché, un brin sadique. Droit comme un I sur le dossier de son fauteuil, il tripote nerveusement les boutons de sa veste.

« En ma qualité de vice-président de la commission Justice et sécurité de notre parti, poursuit-il, je crois pour ma part que le temps où nous nous pouvions nous contenter d’un projet aussi attendu et, somme toute, aussi modéré, est bel et bien révolu. A bon droit, nos concitoyens ne s’en satisfont plus. Nos électeurs en particulier, j’en suis convaincu, voudraient que nous fassions preuve de davantage de fermeté. Ils n’ont pas cette fausse pudeur, cette mauvaise conscience qui, encore trop souvent, retient notre bras. Ils ont compris, eux… »

Dans le chenil de faïence, un vague murmure, comme un frisson de marbre. Quelques nuques qui s’abaissent, en un hochement de tête rouillé.

« Vous avez raison, mon cher collègue, intervient le président de séance, mais… qu’ont-ils compris exactement ? »

Crécelle se raidit encore un peu plus. Sans parvenir à le regarder franchement, il tourne ostensiblement son visage vers son interlocuteur.

« Compris qu’il nous faut désormais nous montrer bien plus audacieux, cher collègue, glapit-il. Cela me semble évident.
– C’est un peu court, jeune homme, assène, d’une voix grave et profonde, le vieux politicien distingué. Que proposez-vous donc, concrètement ? Le rétablissement de la peine de mort ? De la torture ? »

Stupeur dans la salle. Les mots sont encombrants, lestes, ils roulent et s’entrechoquent aux quatre coins de la pièce. Lentement, Crécelle tourne ses incisives scintillantes en direction de son aîné.

« La peine de mort ? Non, quand même pas.
– Et pourquoi pas ? »

L’éructation est grasse, lancinante, avec quelques notes occitanes. Elle émane d’un homme entre deux âges, plus gras encore. Les cheveux en bataille sur un crane ruisselant et légèrement dégarni. Le costume est froissé, tâché, la cravate grossièrement nouée autour du cou replet. Au-dessus, des grosses bajoues de sanglier mastiquent l’air épais.

« C’est tentant, M. le député, reprend Crécelle. Mais cela fait tout de même, un peu… réchauffé, dirons-nous. Mais la torture… Oui, c’est une piste intéressante… »

Un discret raclement de chaise vient effacer son sourire satisfait. Le vieux politicien s’est levé. Droit, la mine sévère, le regard farouche. Il est vraiment grand.

« Permettez-moi, mesdames et messieurs, chers collègues, de me retirer à ce stade de vos échanges d’idées novatrices et audacieuses. Pour ma part, je n’ai pas la prétention de connaître ce que veulent nos concitoyens. Je sais en revanche ce que je veux. Et ce que je ne veux pas. Bien le bonsoir. »

Sans un regard de plus pour l’assistance, il quitte promptement la pièce, refermant délicatement la grosse porte matelassée derrière lui.

« Bon débarras ! », lâche aussitôt le sanglier.

A sa droite, on opine discrètement du chef. Puis, une femme toussote bruyamment. Les traits épais, les cheveux courts et teints, elle a les lèvres retroussées et le sourire impossible.

« Permettez-moi de vous dire, monsieur le vice-président, que je partage toute à fait votre point de vue et notamment votre goût de l’audace, jacasse-t-elle. Je pense d’ailleurs que nous devrions, une bonne fois pour toute, cesser d’avoir peur des mots et dire enfin tout haut ce que tout le monde pense mais n’ose déclamer au grand jour. Car enfin, ceux qui foutent le bazar, ce sont tout de même les nègres et les arabes ! Je m’excuse, mais merde ! »

Sur quoi, la vielle pie se tait, manifestement satisfaite de son coup d’éclat. Silence dans la salle. Crécelle frotte son crâne chauve comme s’il cherchait à le lustrer.

« Oui, je vois ce que vous voulez signifier, chère collègue, susurre-t-il. Néanmoins, je pense que nous avons davantage intérêt à concentrer nos efforts sur la lutte contre les délinquants, plus généralement.
– D’autant plus,
intervient le président de séance, qu’il est parmi nos électeurs – et même nos militants – des personnes d’origine nord-africaine ou africaine.
– C’est exact,
abonde, un brin irrité, le vice-président de la commission Justice et sécurité. Et, plus que tout, nous devons montrer notre détermination face aux terroristes et aux criminels les plus dangereux. Ainsi, si nous revenons à cette idée de torture que nous suggérait notre collègue… »

Ménageant son effet, il reprend doucement sa respiration, caressant du bout des doigts les replis de sa veste.

« Je pense, poursuit-il, qu’il est plus que temps de nous doter d’un arsenal répressif à la hauteur du péril que nous affrontons. C’est la guerre, après tout.
Mais, cher ami, intervient à nouveau le président de séance, que faites-vous de… de ce truc là… la convention des droits de l’homme ? »

Crécelle sourit.

« Oh, bien sûr, nous n’appellerions pas ça « torture », non… Ce serait vraiment idiot. Il faudrait néanmoins que ce soit implicite, afin que l’on mesure notre détermination. Et puis, cela ne concernerait que les crimes les plus graves, les plus odieux. Le tout son contrôle d’un juge. Qu’en dites-vous ? »

Murmure timide d’approbation dans la salle. Le président de séance griffonne quelques notes sur son calepin aux couleurs du parti.

« … J’ai tout de même une question. »

D’un geste, l’assemblée sursaute, se raidit et se tourne vers la jeune femme qui vient de s’exprimer. Sensiblement plus jeune que la moyenne des participants. Plus belle, aussi.

« Eh bien, nous vous écoutons, madame la députée, minaude Crécelle.
– Avez-vous songé à ce que dira la Cour européenne ? » réplique-t-elle d’une voix ferme.

Nouvelle vague de stupeur dans la salle. Dans un concert de raidissement d’échines, Crécelle boucle nerveusement sa veste et bombe le torse. Il ouvre la bouche, mais le sanglier lui vole la politesse.

« Elle fera ce qu’on lui dit ! tonne-t-il. On est chez nous, bon sang ! Il serait peut-être temps d’arrêter de baisser le pantalon ! »

L’air se fige d’un coup. On se tait. On étouffe. A l’autre bout de la salle, un autre phacochère se met à ricaner grassement.
Ouf.
On se détend. On rit jaune, rouge, vert mais du moins, l’orage est passé. Crécelle reprend la main.

« Ce qu’exprime notre ami, avec toute sa faconde de gascon, c’est qu’aucune option ne nous est interdite dès lors que nous choisissons de retrouver réellement notre souveraineté. Après tout, une convention internationale, c’est aussi fait pour être dénoncée… »

Personne ne comprend mais tout le monde hoche gravement de la tête. Déboutonnant discrètement sa veste, le vice-président de la commission Justice et sécurité poursuit sur sa lancée fantastique.

« Je pense que nous pouvons également faire mieux sur les moyens à donner à nos forces de l’ordre. »

Amen.
Certes, beaucoup de progrès ont été fait ces dernières années pour leur permettre de mettre hors d’état de nuire les malfaiteurs sans être inquiété par je ne sais quel groupuscule droit-de-l’hommiste. Mais il est désormais temps d’avancer à visage découvert, si j’ose m’exprimer ainsi. Je propose donc une chose très simple : que chaque policier ou gendarme de notre pays puisse faire feu sur un terroriste sans avoir à justifier d’une quelconque nécessité.

« Et pourquoi juste les terroristes ? demande abruptement le sanglier. Pourquoi pas tous les voyous ? »

Ricanement de Crécelle.

« Je sais bien que tout voyou est un terroriste en puissance mais cela n’est pas une catégorie juridique très précise, cher collègue.
« Et alors ?! beugle l’autre. Ils s’en tamponnent, nos gars, de vos catégories juridiques quand ils sont face à la racaille, sur le terrain. »

Accompagnant sa protestation, deux postillons graisseux s’abattent rageusement sur les feuilles éparpillées devant Crécelle. Qui rougit ou, plutôt, rosit des tempes à l’occiput.

« Je ne sais pas ce que l’on en entend au pays du cassoulet, rétorque-t-il méchamment, mais, en politique, il est des contraintes institutionnelles avec lesquelles ont doit compter, ainsi que vient de nous le rappeler notre excellente collègue. Nous sommes encore dans un Etat de droit, c’est même ce que nous défendons face à ces barbares ! Non ? »

Silence embourbé dans la salle. On se gratte le nez, fait semblant de lire la feuille posée devant soi, farfouille dans son téléphone. C’est alors que la vielle pie s’en mêle à nouveau.

« Tout cela est fort joli, chers collègues, mais ce que vous proposez n’empêche nullement les délits de se commettre. Moi, je souhaite véritablement protéger les victimes. Il faut combattre le mal à la racine, en enfermant les délinquants AVANT qu’ils ne passent à l’acte. Par exemple, les noirs, les arabes, les musulmans et… bref, comment se fait-il qu’ils soient encore dehors ?! Je m’excuse mais merde !
– Je m’excuse à mon tour, bégaye le président de séance, mais je dois vous rappeler à l’ordre. Nous ne pouvons soutenir de tels propos, ce serait parfaitement contraire à nos valeurs. Nous sommes républicains, que diable ! »

Grincement de Crécelle.

« Les noirs et les arabes, certes pas, persifle-t-il. Mais les musulmans… l’idée est à creuser. Nous pourrions par exemple pénaliser tous ceux qui ne condamnent pas expressément le terrorisme. Ou bien, prendre à leur égard les mesures préventives qui s’imposent, au besoin en les plaçant en centre de rétention. Pas directement en tant que musulmans, bien sûr, mais en raison de leur dangerosité. Car du musulman à l’intégriste et au salafiste (et de là, au terroriste!), il n’y a qu’un pas. Je ne vois guère qui, dans le contexte actuel, nous démentirait.
Oui, c’est sans doute une bonne idée, minaude le gros député du Sud-Ouest. Mais pourquoi s’arrêter là ? Il n’y a pas que les musulmans ! Et les gauchistes, alors ? Et tous ces petits cons de casseurs ? Et tous ces syndicalistes qui s’amusent à prendre le pays en otage ? Ce sont des terroristes comme les autres !
– Et les maghrébins !! hurle la vielle pie. »

Dans la salle, l’ambiance s’échauffe bruyamment. Ça remue, ça crépite, ça piaille. Crécelle ne veut pas se laisser déborder.

« Oui, vous avez raison, susurre-t-il, ce sont des pistes qu’il nous faut explorer, absolument. D’ailleurs, poursuit-il en haussant le ton, je me demande si nous ne devrions pas aller plus loin encore. Pourquoi ne pas étendre ces saines actions de défense sociale non seulement aux individus que vous venez de citer mais également à tous ceux qui, au prétexte de les comprendre, les excusent voire les justifient ? L’heure n’est plus aux demi-mesures : je propose que toute personne qui ne se désolidarise pas suffisamment des délinquants soit elle-même considérée comme délinquante ! Et traitée comme telle ! »

Silence inquiet dans la salle de réunion empesée. On se regarde religieusement les arpions sous la table. Et puis soudain, vient le ressac.

« Bravo ! tonne un cadre du parti au fond de la salle.
Excellente idée, renchérit son voisin. Avec ça, on va tous leur couper la chique !
Et les mineurs ? demande d’une voix frêle un petit homme pâle au cou de poulet et aux yeux de mouche. Il faut leur appliquer le même traitement. Pourquoi donc attendre qu’ils commettent leur premier délit pour agir ? Internons les dès la première bagarre, la première injure ou même dès… dès le premier signe d’irrespect envers l’autorité, voilà ! Et pas besoin de ces satanés tests psychologiques, c’est une question de bon sens !
– T
rès bien !
Vous avez parfaitement raison !
Et les parents ? s’égosille la pie. C’est la même chose ! Pourquoi se contenter de leur sucrer les allocs ? Faut les enfermer aussi ! Avec leurs saloperies de gamins ! Comme ça, ils seront ensemble et tous ces droit-de-l’hommistes ne pourront pas la ramener !
Excellent !
Oui, vous voyez juste, chère collègue, reprend Crécelle, désormais plus excité qu’une puce de parquet. »

Il se lève, inspire profondément et reboutonne solennellement sa veste.
Nous aurions d’ailleurs dû y penser bien plus tôt. Voilà, la solution définitive à l’insécurité. Il nous faut mettre définitivement hors d’état de nuire non seulement les délinquants avérés, non seulement les délinquants potentiels, mais aussi tous ceux qui entretiennent des liens avec eux ! Ou même qui les ont simplement côtoyé ! Nous sommes le parti des honnêtes gens, ne l’oublions pas.
Le vice-président de la commission Justice et sécurité se rassoit tranquillement. Dans la salle, on se tait doctement. On dégrise. Dehors, la nuit est calme, paisible, insensible à la fulgurance intellectuelle qui vient de jaillir en ces lieux. Au mur, la grosse horloge a déjà entamé le cycle d’une nouvelle journée. Çà et là, quelques bâillements fugitifs et autres craquements articulatoires sonnent l’heure de la retraite. C’est alors que résonne la voix timide de la jeune députée :

« Vous avez très certainement raison, mes chers collègues mais… Je me demande cependant si cela ne va pas trop loin. Je veux dire, ce que vous proposez, ça concerne quand même beaucoup de monde. Vraiment beaucoup. Ça pourrait même presque s’appliquer à l’une ou l’un d’entre nous… »

Stupeur. Autour d’elle, on retient sa respiration, guettant avec anxiété le premier éclat de rire libérateur. Mais rien. Enfin si, au bout de quelques secondes, retentit le gloussement acerbe de la vielle pie.

« Mais ne soyez donc pas si stupide, ma pauvre enfant, nous ne sommes évidemment pas concernés. Non. Ce sont les noirs et les a…
– Oui,
l’interrompt brutalement Crécelle, ce sont les autres qui seront inquiétés. Nous, nous n’avons rien à nous reprocher.
– Ah ouais ? »

La question de Sanglier est lourde, flasque comme une tranche de saindoux.

« Il me semble pourtant que vous avez eu récemment quelques ennuis avec la Justice, monsieur le vice-président, poursuit-il. Une sombre histoire de corruption et de marchés publics bidonnés, je me trompe ? »

Il regarde Crécelle en souriant de toutes ses dents acérées. Il a l’air mauvais et hilare d’un convive un soir de noce trop arrosé. En face, l’autre est devenu rubicond. Sans même prendre le temps de reboutonner sa veste, il se redresse d’un bond, les mains solidement appuyés sur la table.

« Oh, tu peux parler, mon gros, fulmine-t-il d’une voix étrangement caverneuse. Je connais plus d’une assistante parlementaire qui pourrait en dire long sur tes pratiques très spéciales en termes de ressources humaines. Et la petite stagiaire de troisième qui avait porté plainte, tu veux qu’on en discute aussi ? »

Sa harangue criarde ébranle douloureusement la salle gorgée de moiteur, irritant l’épiderme comme le crissement de la craie sur le tableau noir.

« Messieurs, messieurs, allons, un peu de tenue, bredouille, lamentable, le président de séance.
– Oui, je crois que vous auriez tout intérêt à cesser vos petites querelles mesquines, pérore la pie, car l’essentiel, c’est…
– Oh, toi, ta gueule ! la rabroue immédiatement Crécelle. »

Derrière ses lunettes, ses yeux semblent littéralement enfler de colère.

« Parce que, poursuit-il, quand on enfile les condamnations pour injure raciste et autres provocations à la haine comme des perles, le mieux est encore de la boucler ! »

Il a hurlé. Si fort que tout le monde en reste coi. La vielle pie garde un instant la bouche ouverte mais ne répond rien.

« Bien, reprend Crécelle en se rasseyant tranquillement, je pense que nous pouvons désormais conclure. Alors…
Excusez-moi, intervient soudainement la petite députée, je crois au contraire qu’après tout ce qui vient d’être dit, nous ne pouvons pas en rester là et que…
– Mais tu vas la fermer ?! Sale pute ! »

Joignant le geste à la parole, Crécelle assène à sa malheureuse collègue une gifle monumentale. Les arrêtes de sa chevalière meurtrissent salement la joue de la jeune femme. Au mur, une giclée de sang vient rafraîchir le portrait d’un illustre dirigeant du parti. Un instant, elle l’affuble d’une improbable crête punk, avant de lui fermer les yeux et lui épargner le triste spectacle qui débute alors…

Il est à peine six heures quand Fatima ouvre la porte mais, en cette belle journée d’été, il fait déjà grand jour. Elle pousse son petit chariot jusqu’au fond de la pièce. Après avoir méthodiquement inspecté les lieux, elle dégaine son spray et son chiffon. Avec méthode et abnégation, elle frotte et efface délicatement les petites taches sombres qui maculent le large plateau de la table. Elle fredonne doucement, une infinie bonté dans le regard.

Share This